Intégrer l’IA dans le DUERP : une nécessité émergente face à des difficultés concrètes

L’IA transforme les métiers, les organisations et les relations professionnelles. Cette transformation a nécessairement un impact sur les risques auxquels les travailleurs sont exposés. En vertu de son obligation de sécurité, l’employeur doit intégrer ces évolutions dans sa démarche de prévention et notamment dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). 

Source : éditions TISSOT

  1. L’introduction de l’IA en entreprise modifie l’exposition des salariés aux risques professionnels, ce qui impose à l’employeur d’adapter le DUERP. 

  2. L’évaluation de ces technologies se heurte à des difficultés méthodologiques qui impactent principalement la charge cognitive et les aspects psychosociaux. 

Pour surmonter ces obstacles, la mise à jour du DUERP s’appuie sur une démarche collective et évolutive. 

Difficultés à intégrer l’impact de l’IA dans le DUERP

  1. La nature du risque

L’IA a peu d’impact direct sur les risques physiques. Ces risques « classiques » restent globalement stables et sont relativement simples à mesurer.

En revanche, l’IA agit sur des dimensions plus immatérielles du travail. Plusieurs effets peuvent déjà être observés :

  • Une augmentation de la charge cognitive : les salariés se voient confier des tâches plus complexes, car les plus simples sont automatisées. 
  • Un sentiment d’insécurité professionnelle : l’évolution rapide des outils peut rendre certaines compétences obsolètes. 
  • Un flou dans les responsabilités : lorsqu’une décision est assistée ou produite par une IA, il devient parfois difficile de déterminer qui en est responsable .
  • Une impression de surveillance accrue : dans certains secteurs (logistique, relation client…), des systèmes algorithmiques permettent d’analyser en temps réel la performance des salariés, ce qui peut générer du stress.

2. Des limites méthodologiques

  • Les méthodes classiques d’évaluation des risques reposent souvent sur l’observation de situations existantes. Or, avec l’IA, il s’agit souvent d’anticiper des effets futurs ou en cours de transformation. 
  • À cela s’ajoute le manque de référentiels opérationnels. Les acteurs de la prévention (RH, QHSE, managers) disposent encore de peu d’outils concrets pour évaluer ces risques. Ils peuvent également se sentir en difficulté face à des technologies qu’ils maîtrisent mal.
  • L’intégration de l’IA dans le DUERP pose aussi la question des responsabilités. Qui doit piloter l’évaluation des risques : la direction, les équipes informatiques, les managers opérationnels ? Cette dimension transverse complique la démarche et nécessite une coordination renforcée.

    L’IA transforme les métiers, les organisations et les relations professionnelles. Cette transformation a nécessairement un impact sur les risques auxquels les travailleurs sont exposés. En vertu de son obligation de sécurité, l’employeur doit intégrer ces évolutions dans sa démarche de prévention et notamment dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Cependant, plusieurs obstacles freinent encore cette intégration.

    Difficultés à intégrer l’impact de l’IA dans le DUERP

    La première difficulté tient à la nature même des risques liés à l’intelligence artificielle (IA).

    Contrairement aux idées reçues, l’IA a peu d’impact direct sur les risques physiques (chutes, bruit, incendie…). Ces risques « classiques » restent globalement stables et sont relativement simples à mesurer.

    En revanche, l’IA agit surtout sur des dimensions plus immatérielles du travail. Même si le recul reste encore limité, plusieurs effets peuvent déjà être observés :

    • Une augmentation de la charge cognitive : les salariés se voient confier des tâches plus complexes, car les plus simples sont automatisées. Par exemple, un agent administratif peut passer moins de temps à saisir des données, mais davantage à contrôler, corriger ou interpréter les résultats produits par une IA.
    • Un sentiment d’insécurité professionnelle : l’évolution rapide des outils peut rendre certaines compétences obsolètes. Par exemple, un rédacteur ou un chargé de communication peut craindre d’être remplacé par des outils de génération automatique de contenu.
    • Un flou dans les responsabilités : lorsqu’une décision est assistée ou produite par une IA, il devient parfois difficile de déterminer qui en est responsable (l’utilisateur, l’entreprise, le système).
    • Une impression de surveillance accrue : dans certains secteurs (logistique, relation client…), des systèmes algorithmiques permettent d’analyser en temps réel la performance des salariés, ce qui peut générer du stress.

    Ces effets relèvent majoritairement des risques psychosociaux (RPS). Contrairement aux risques physiques, les risques liés à l’IA sont diffus. Ils dépendent de nombreux facteurs : organisation du travail, niveau d’autonomie, qualité du management, ou encore formation des salariés.

    De plus, leurs effets sur la santé peuvent être différés (stress chronique, perte de sens, démotivation) et inégaux selon les individus. Cela complique leur prise en compte dans un outil structuré comme le DUERP.

    La deuxième difficulté tient à des limites méthodologiques :

    • Les méthodes classiques d’évaluation des risques reposent souvent sur l’observation de situations existantes. Or, avec l’IA, il s’agit souvent d’anticiper des effets futurs ou en cours de transformation. Par exemple, comment évaluer les risques d’un outil qui est encore en phase de test ou dont l’usage va évoluer dans les prochains mois ?
    • À cela s’ajoute le manque de référentiels opérationnels. Les acteurs de la prévention (RH, QHSE, managers) disposent encore de peu d’outils concrets pour évaluer ces risques. Ils peuvent également se sentir en difficulté face à des technologies qu’ils maîtrisent mal.
    • L’intégration de l’IA dans le DUERP pose aussi la question des responsabilités. Qui doit piloter l’évaluation des risques : la direction, les équipes informatiques, les managers opérationnels ? Cette dimension transverse complique la démarche et nécessite une coordination renforcée.

    IA et DUERP : vers une approche intégrée et évolutive

    Pour contourner ces difficultés, il est préférable d’adopter une approche la plus globale possible. 

    • Il convient d’abord d’adopter une approche systémique. L’évaluation ne doit pas se limiter à la technologie, mais prendre en compte l’ensemble de l’environnement du travailleur.
    • Il est également essentiel d’associer les salariés. Les utilisateurs sont les mieux placés pour identifier les difficultés concrètes. Des échanges après le déploiement d’un outil, des retours sur la charge de travail ou des situations problématiques (erreurs de l’IA, surcharge de contrôle) permettent de révéler des risques invisibles dans une analyse théorique.
    • La formation des managers et des acteurs de la prévention est aussi indispensable. Comprendre les outils et leurs limites (erreurs, biais) permet de mieux évaluer leurs impacts. Les équipes RH doivent également être sensibilisées aux nouveaux risques, comme la charge cognitive ou la perte de sens.
    • Le DUERP doit par ailleurs être mis à jour régulièrement pour suivre l’évolution rapide des technologies. Des révisions après chaque déploiement et le suivi d’indicateurs comme l’absentéisme ou les retours des salariés permettent d’ajuster la prévention.
    • Il est également recommandé de tester les outils avant leur généralisation. Des expérimentations sur des équipes pilotes permettent d’identifier les effets sur le travail et d’adapter l’organisation.
    • L’introduction de toute nouvelle technologie nécessite une consultation du CSE.

    En intégrant pleinement l’IA dans le DUERP, l’entreprise reconnaît que la transformation numérique est avant tout une transformation du travail, qui doit être accompagnée avec vigilance, méthode et responsabilité.

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